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 Phenomenon  . 2018 .

Objets Domestiques de Recomposition Psychique. Interférence #1 . 2014 . 2015

Métal galvanisé, peinture, PMMA, film dichroïque. Dimensions variables.

Objets Domestiques de Recomposition Psychique. Interférence #2 . 2014 . 2015

Cuivre. Dimensions variables.

Divers Objets Domestiques . Plantes . 

Vue de "Phenomenon" . Capsule Galerie . Rennes . 22/06/2018 - 09/09/2018

 

 

 

 

On entre dans la pièce, tout est en ordre, le lit est droit, aucun pli sur les draps.

Les chaises entourent la table avec symétrie, elles attendent, tranquilles et silencieuses.

La télé rayonne sur deux fauteuils hypnotisés

                                                                     et immobiles.

 

Une chambre pour dormir, une salle à manger, une salle télé, une salle d’exposition ... Différents systèmes dans lesquels chaque élément est lié à une fonction, de l’objet à l’espace. Comme si le Lieu n’existait que par activation

de fonction, vécue subjectivement comme un principe, mais objectivement comme un protocole : Nous évoluons

dans des espaces, nous y injectons des éléments, des objets, nous reproduisons différents systèmes de fonctions, nous les nommons, un espace d’exposition, un espace domestique, …

 

Il existe, alors, un processus de transformation de l’espace, non dans sa spatialité mais uniquement dans sa « spécialité » qui, dans une courte réflexion, se retrouve souvent imposé à nous par le pouvoir de mots et d’objets

qui le définissent, leurs « fonctions ».

 

Ce terme, employé dans tout lexique de pensée, récupéré par une société qui promeut la consommation comme moyen d’induction au bonheur individuel, assure ainsi une stabilité sociale, une homéostasie, par l’effacement de toute différence. Ainsi la fonction semble incarner un maillon fondamental du processus d’aliénation de nos vies en tant qu’individu, en créant de l’inertie dans nos environnements quotidiens jusqu’à inscrire un système impersonnel dans le milieu même du « supra-personnel » qu’est le chez soi.

 

Pourtant, ici est, en premier lieu, le terrain de l’expérimentation, le territoire d’une réalité et d’une créativité individuelle intensément poétique, privée et énigmatique, où doivent agir une hétérogénéité inépuisable d’individus complexes, fragiles, avec leurs défauts et leurs désirs. Un territoire de liberté de l’individu, d’une liberté de pratique confrontée à une forme de cécité, une manière d’anesthésie fonctionnelle qui doit être, sans cesse, remise en question.

 

Dans une confrontation directe entre espace fonctionnalisé (la galerie et l’espace domestique) et pratique (art et design), une grande part d’étrangeté émerge du conflit entre défonctionnalisation de l’objet d’usage et refonctionnalisation de l’objet d’art, un déséquilibre constant, une interpénétration, entre deux environnements de référence. Et donc, à travers différentes phases temporelles se tente la mise en place des « fictions fonctionnelles », dans lesquelles l’acte de création correspond à un processus délibéré et maîtrisé de transgression opéré par l’introduction de corps sensiblement étrangers au système afin d’en provoquer la dysfonction, ouvrant l’espace

à des comportements déviants.

Le projet Phenomenon se voit comme la mise en scène de ces phénomènes complexes et énigmatiques où se joue

la relation entre l’homme et l’objet, entre l’homme et l’espace. Ces moments où l’usage, par dysfonction induite, par para-fonction, devient comportement et paradoxalement, par la contrainte, liberté.

Phenomenon . Domestic Defunctionalization / Artistic Functionalization

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maxime kerneis design signe