ISOLER, S'ISOLER

DEFINITION ET PHENOMENOLOGIE

La définition principale donnée à l'action d' isoler quelqu’un ou quelque chose :

« Mettre à part, mettre à l’écart matériellement ou moralement. »*

Pourtant l’action d’isoler est paradoxalement un jeu de relation.

En effet, le « Mettre à part », met en scène un lien entre deux états successifs. Tout d’abord, un ensemble, une unité, ensuite, la distinction d’un élément dans cet ensemble, la mise à l’écart de cet élément, deux unités distinctes. Ici, isoler induit une séparation, induit une limite entre

ce qui est de l’ensemble et ce qui n’est plus. Alors, à ses prémices,

isoler, se déclare comme un mouvement - mouvement d’une situation actuelle vers une situation future, d’un environnement actuel vers

un environnement futur, d’un champ de relation actuel vers un champ

de relation futur, moindre-.

Bien évidement, certaines configurations spatiales et sensibles

- au sens viscéral - favorisent l’émergence du sentiment d’isolement, mais elles ne sauraient à elles seules le générer. En effet, l’espace restreint et clos dans ses dimensions formelles et plastiques n’induira

un phénomène d’isolement qu’à partir du moment où, dans le schéma

du Moi-Ici-Maintenant, l’Ici deviendra pour le Moi un Ailleurs.

Ainsi, c’est parce que le vécu d’un espace va venir « endommager » notre rapport au monde que l’espace deviendra un espace d’isolement.

Alors, on peut dire que l’isolement est inhérent à un espace délimité 

dans son étendue. Pouvant être infini comme totalement restreint.

Un contenant délimité par des murs présenté comme, « obstacle infranchissable, symbole d’enfermement, marquage de la contrainte, […] [mais] aussi enceinte protectrice, source d’énergie, suggérant la douceur de la caresse,

la stabilité rassurante ou accueillir l’expression de la spiritualité. »**

Des murs physiques - les murs d’une cellule - ou métaphoriques 

- l’horizon d’un paysage, le corps, l’esprit - dans lequel, l’homme est

injecté ou s’injecte lui-même. Ces murs délimitent un espace investit

par l’homme. Il le vit, transformant alors ces limites en lieux d’isolements 

qui, soit protège le Moi en s’isolant de l’Autre, ou encore qui protège l’Autre en isolant le Moi.

Ainsi, cette action peut-être un acte personnel, à travers un processus d’auto-dégagement et de mise à distance du corps social ( S’isoler :

l’ermite ), soit il peut-être un acte non personnel, imposé. Un acte

de mise à distance du corps de l’homme par le corps social lui-même ( Isoler : la prison ). Cette différence, entre choix et non choix, révèle ainsi une extrême diversité de vocables inhérents de la situation d’isolement :

 

Retraite, Repli, Délaissement,

Ecart, Abandon, Exil, Retranchement,

Esseulement, Eloignement…

 

Ainsi, le vécu de l’être isolé, basé sur les notions du Moi-Ici-Maintenant, appelle à une temporalité et une spatialité extérieure à cette situation (Ailleurs, Hier et Demain). Par conséquent, le choix ou le non choix de l’être face à cet isolement modifiera considérablement le vécu dans ces lieux ainsi que les diverses transformations et métamorphoses qui découleront de ce rapport entre l’être et ce lieu.

**

PERE-CHRISTIN Evelyne

Le mur, un itinéraire Architectural

France

Editions Alternatives

1970

quatrième de couverture

Segment tiré de .

KERNEIS Maxime,

Isolatus, du lieu d'isolement comme espace existentiel,

Mémoire de DNSEP, sous la direction de CÔME Tony, EESAB site de Rennes, Section Design, 2017.

maxime kerneis design signe