LA DUREE "PURE"

HENRI BERGSON

Sans instrument pendant des millénaires, Humain a mesuré le temps qui passe en observant des phénomènes naturels : la succession du

jour et de la nuit, les différentes « places » du soleil dans le ciel,

les phases de Lune, les marées.

 

Loin de ces phénomènes et dépossédé de tout instrument de mesure,

je décide de me couper de tous les repères spatiaux et physiques,

par l'inconnu, qui organisent normalement mon temps quotidien.

 

Alors, rapidement, faute de marques, vivant dans un nouvel environnement, immobile et silencieux, je me perds. Entre l’heure

du jour et l’heure de la nuit, l’heure de la veille et l’heure du sommeil, l’heure des repas ; l’hésitation prend place et le doute m’empare.

L’heure n’existe plus. Cette absence vide le contenu du temps

et me fait basculer dans un néant de signe et d’information.

 

Les temps qui structuraient habituellement mes journées, se sont dissous. Coupé de « ces » temps, je rentre alors dans un nouveau temps, un temps impossible à appréhender et à structurer. Je suis seul dans

ce temps - non temps mesuré et prévu mais temps vécu, mon temps -

 

Seul dans le temps de la vie au présent.

Cette durée vécue est conceptualisée par Henri Bergson, un philosophe notoire du XIXème siècle.

 

Sous le titre de « durée pure », le philosophe tente, d’une certaine manière de traduire une nouvelle image du temps à travers un système phénoménologique, perceptif et donc subjectif. Elle s’oppose à

la notion du « temps physique », amené par Copernic, Galilée et Newton, tenant plus d’un langage de signes mathématiques, à caractère objectif, utilisé encore aujourd’hui dans l’organisation temporelle de nos sociétés.

 

 

« La durée toute pure est la forme que prend la succession de nos

états de conscience quand notre moi se laisse vivre, quand il s’abstient d’établir une séparation entre l’état présent et les états antérieurs. » *

*

BERGSON Henri

Essai sur les données
immédiates de la conscience

Paris, PUF

6e édition, 2001

p. 74

Segment tiré de .

KERNEIS Maxime,

Isolatus, du lieu d'isolement comme espace existentiel,

Mémoire de DNSEP, sous la direction de CÔME Tony, EESAB site de Rennes, Section Design, 2017.

maxime kerneis design signe